
Las Vegas Sands, l’un des plus grands exploitants de casinos-resorts au monde, a publié le 21 octobre, après la clôture de Wall Street, ses résultats du troisième trimestre 2026. Le groupe dirigé par Patrick Dumont affiche un chiffre d’affaires net de 3,22 milliards de dollars sur le trimestre clos le 30 septembre, en retrait d’environ 3,5 % par rapport aux 3,33 milliards engrangés un an plus tôt. Le bénéfice net recule plus nettement, à 352 millions de dollars contre 491 millions au troisième trimestre 2025. Un trimestre de respiration pour un groupe qui sortait d’une année 2025 record, et qui éclaire au passage la santé des deux plus grosses places de jeu d’Asie.
Marina Bay Sands marque le pas après des trimestres records
Le complexe emblématique de Singapour, avec ses trois tours coiffées d’une piscine à débordement, reste la machine à cash du groupe, mais il ralentit. Selon le communiqué déposé auprès de la SEC, Marina Bay Sands a généré 1 294 millions de dollars de revenus nets sur le trimestre, contre 1 436 millions un an plus tôt, soit un repli d’environ 10 %.
L’EBITDA ajusté du resort singapourien recule davantage encore : 590 millions de dollars, contre 743 millions au troisième trimestre 2025, soit une baisse d’environ 21 %. La marge d’exploitation ajustée de la propriété passe ainsi de 51,7 % à 45,6 %. Ces niveaux restent exceptionnels à l’échelle de l’industrie, mais la comparaison avec un troisième trimestre 2025 historiquement élevé fait mécaniquement mal.
Le directeur général Patrick Dumont a tout de même salué « a solid financial performance » (une performance financière solide) à Marina Bay Sands sur la période, tout en rappelant les investissements en cours pour agrandir le complexe.
Macao : la fréquentation progresse, les marges se tassent
De l’autre côté de la mer de Chine méridionale, le tableau est différent. Les opérations de Macao, logées dans la filiale cotée Sands China (Venetian Macao, Londoner, Parisian, Plaza et Sands Macao), ont dégagé 1 940 millions de dollars de revenus nets, en hausse d’environ 2 % sur un an. Patrick Dumont a souligné que les volumes de jeu à Macao ont progressé « across all gaming segments », c’est-à-dire sur tous les segments, du marché de masse aux salons VIP.
La rentabilité, elle, ne suit pas encore : l’EBITDA ajusté des propriétés macanaises ressort à 529 millions de dollars, contre 601 millions un an plus tôt, et la marge glisse de 31,5 % à 27,3 %. Prise isolément, Sands China affiche un chiffre d’affaires en hausse de 1,4 % à 1,93 milliard de dollars, mais un résultat net en baisse d’environ 30 %, à 191 millions de dollars. Le site spécialisé GGRAsia, qui suit de près le marché macanais, pointe précisément ce double effet : des volumes en progression, mais des marges comprimées de part et d’autre.
Un EBITDA consolidé en repli de 17 %
Au total, l’EBITDA ajusté consolidé des propriétés atteint 1,12 milliard de dollars sur le trimestre, contre 1,34 milliard un an plus tôt, soit un repli d’environ 17 %. Le bénéfice dilué par action s’établit à 0,48 dollar, contre 0,61 dollar au troisième trimestre 2025.
Les actionnaires choyés malgré le trou d’air
Si les comptes du trimestre sont en retrait, le groupe n’a pas levé le pied sur le retour aux actionnaires, bien au contraire. Las Vegas Sands a racheté pour 950 millions de dollars de ses propres actions au cours du trimestre, soit environ 21 millions de titres à un prix moyen de 45,31 dollars. Il lui reste encore 5,06 milliards de dollars d’autorisation de rachat au 30 septembre.
Côté dividende, le groupe a versé 0,30 dollar par action au titre du trimestre et confirme un prochain paiement de 0,30 dollar le 10 novembre 2026. Surtout, le conseil d’administration annonce une hausse de 20 % du dividende récurrent pour 2027, qui passera à 1,44 dollar par action sur l’année, soit 0,36 dollar par trimestre. Un signal de confiance assumé : « We remain confident in our long-term strategy in both Singapore and Macao » (nous restons confiants dans notre stratégie de long terme à Singapour comme à Macao), a résumé Patrick Dumont, cité dans le communiqué officiel du groupe.
Ce que ces chiffres disent du marché asiatique du casino
Pour les observateurs du secteur, ce trimestre confirme deux tendances. D’abord, Singapour demeure la place la plus rentable du jeu mondial : même en baisse, une marge d’EBITDA de 45,6 % sur un seul complexe reste hors de portée de la quasi-totalité des casinos européens ou américains. Ensuite, Macao poursuit sa reconstruction sur le marché de masse, avec des volumes qui montent, mais une guerre commerciale entre les six concessionnaires qui pèse sur les marges de tout le monde.
Pour un groupe qui a fait le pari exclusif de l’Asie depuis la vente de ses actifs de Las Vegas, la trajectoire reste celle d’un leader : plus de 3 milliards de dollars de revenus trimestriels, un milliard d’EBITDA et un dividende en hausse. Le trou d’air de ce troisième trimestre ressemble davantage à une normalisation après une année 2025 exceptionnelle qu’à un retournement. Les prochains trimestres, avec l’extension de Marina Bay Sands en toile de fond, diront si la machine repart de l’avant.
