
Honfleur n’a pas de casino, et sa municipalité veut que cela change. Le 5 novembre, Ouest-France est revenu sur les raisons qui poussent la ville à accueillir un établissement de jeux, avec une ligne directrice assumée par l’équipe municipale : trouver de nouvelles recettes pour le budget communal. Le dossier n’est plus une simple idée de campagne : il a franchi plusieurs étapes au printemps et une procédure de mise en concurrence a été lancée.
Un avis favorable du conseil municipal en juin
Le tournant date du vendredi 5 juin 2026. Ce soir-là, le conseil municipal de Honfleur a émis un avis favorable à la création du casino, selon actu.fr. Le maire, Nicolas Pubreuil, porte le projet dans la continuité de son prédécesseur Michel Lamarre. Les sept élus d’opposition ont voté contre.
L’établissement serait implanté dans la zone d’activités située au pied du pont de Normandie, et non dans le centre historique autour du Vieux-Bassin. Le programme décrit par le maire comprend une centaine de machines à sous, un bar dansant l’après-midi pensé pour les seniors, un salon de thé et une discothèque ouverte jusqu’à 4 heures du matin.
Une délégation de service public sur vingt-deux ans
La ville ne compte pas exploiter elle-même le casino. Elle a choisi la délégation de service public, comme la plupart des communes françaises qui accueillent des jeux. L’avis de marché publié au BOAMP par la mairie de Honfleur détaille le montage : le futur concessionnaire devra assurer la réalisation, le financement, l’exploitation, la maintenance et le gros entretien du « Casino de Honfleur ». La procédure est restreinte, c’est-à-dire que la ville sélectionne d’abord des candidats avant de leur demander une offre complète.
La durée prévue est de 22 ans : deux années de travaux puis vingt années d’exploitation. À l’issue du contrat, l’équipement doit revenir à la commune.
Ce qui départagera les candidats
L’avis de marché est instructif sur les priorités de la ville. La valeur technique de l’offre pèse 65 % de la note, dont 45 % pour la qualité architecturale et paysagère. Les engagements contractuels (calendrier, garanties, pénalités) comptent pour 20 %. La valeur financière, c’est-à-dire les redevances versées à la ville en plus des prélèvements légaux sur le produit brut des jeux, ne représente que 15 %.
Autrement dit, la commune ne cherche pas seulement le chèque le plus élevé. Dans une ville très fréquentée par les touristes, l’aspect du bâtiment et la solidité du projet d’exploitation passent avant.
Un million d’euros de recettes espéré
L’argument financier est au cœur du discours municipal. Interrogé par ici Normandie, Nicolas Pubreuil explique que le cabinet qui accompagne la ville prévoit « environ un million d’euros de recette pour la commune » dès la première année d’activité, visée d’ici 2030.
Côté dépenses, la ville doit acheter le terrain. Le maire a évoqué 650 000 euros auprès d’ici Normandie, tandis qu’actu.fr rapporte un montant d’environ 700 000 euros pour 1,5 hectare. Selon l’édile, cette somme serait couverte dès la première année d’activité, et la commune ne supporterait pas les frais de fonctionnement, à la charge du délégataire.
L’opposition dénonce une « erreur stratégique »
Les élus minoritaires contestent à peu près tout. Joël Coulombel parle d’« une erreur stratégique, une faute économique et un contresens pour notre ville », et estime qu’« Honfleur a d’autres urgences », citant les immeubles dégradés autour du Vieux-Bassin et une école devenue trop vétuste. Il met aussi en doute les études préalables, réalisées selon lui « pour rendre ce projet possible ».
Christophe Perrault, tête de liste de l’opposition aux municipales, ajoute deux arguments. D’abord le surtourisme, qu’un casino risquerait d’accentuer dans une ville déjà saturée en saison. Ensuite l’emplacement : d’après lui, la zone retenue fait partie des secteurs menacés d’inondation par la Seine à l’horizon 2100, selon le GIEC normand. Le maire répond que plusieurs décennies séparent ces deux horizons et qu’il ne souhaite pas geler le parc d’activités dès aujourd’hui.
La question du jeu responsable
L’opposition a aussi mis en avant le risque d’addiction dans une commune où, selon un chiffre repris par actu.fr, 17 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Le maire a rappelé l’existence du fichier des interdits de jeux géré par l’Autorité nationale des jeux, qui s’applique à tous les casinos physiques français.
Un pari sur un marché qui tient bon
Les opposants décrivent un modèle des casinos fragilisé par le vieillissement de la clientèle et la concurrence du jeu en ligne. Les chiffres cités par actu.fr à partir des données de l’ANJ nuancent ce constat : en 2025, le marché français des jeux d’argent a progressé de 3 % par rapport à 2024, et les casinos de 3,4 %.
Honfleur mise aussi sur une demande locale. « J’ai beaucoup d’habitants qui me disent qu’ils en ont assez de prendre la voiture pour aller au casino au Havre ou à Trouville », affirme le maire. Le pari reste à confirmer : il faudra un exploitant prêt à investir, puis les autorisations de jeux, que le délégataire devra obtenir. Avec Deauville, Trouville et Le Havre à proximité, le futur établissement devra aussi trouver sa place face à des casinos déjà bien installés.
