
Discrète mais lourde de conséquences pour tout l’écosystème du jeu en ligne : l’Autorité nationale des jeux (ANJ) et l’Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) ont renouvelé début octobre 2026 leur convention de partenariat. Au menu de cette nouvelle mouture : l’extension de la coopération aux JONUM — les jeux à objets numériques monétisables — et un renforcement du volet « jeux d’argent » du certificat destiné aux influenceurs. Voici ce qui change concrètement pour les opérateurs, les créateurs de contenu et, in fine, pour les joueurs.
Un partenariat reconduit après trois ans de rodage
La convention initiale entre les deux autorités datait de 2023. Son renouvellement, signé par Pascal Chevremont, président de l’ANJ, et Christine Albanel, présidente de l’ARPP, fait suite à une évaluation jugée positive de la collaboration, comme le rapporte PressGiochi dans son compte rendu de l’accord.
Le fonctionnement du tandem reste inchangé dans ses grandes lignes. L’ARPP demeure l’interlocuteur privilégié des opérateurs de jeux et de paris pour l’évaluation de leurs projets publicitaires avant diffusion. En cas de doute sur la conformité d’une campagne avec la réglementation, elle peut consulter l’ANJ pour partager ses analyses et recueillir son avis — un mécanisme déjà activé à plusieurs reprises depuis 2023, tout en préservant la confidentialité des documents soumis.
Les JONUM entrent officiellement dans le champ
La principale nouveauté de l’accord est l’inclusion des JONUM, ces jeux donnant accès à des objets numériques monétisables, à mi-chemin entre le jeu vidéo et le jeu d’argent. Leur encadrement, introduit par la loi française récente, montait en puissance ; la coopération ANJ-ARPP s’étend désormais explicitement à cette catégorie.
Ce n’est pas un détail. Les campagnes pour un pari sportif et pour un jeu à objets numériques cessibles empruntent souvent les mêmes formats — notamment sur les réseaux sociaux —, alors qu’elles ne relèvent pas du même régime juridique. Comme le souligne l’analyse publiée par Quasa sur les conséquences pour les créateurs, l’offre de JONUM est soumise à une déclaration préalable auprès de l’ANJ : la qualification du produit promu doit donc précéder la préparation de toute publication.
Influenceurs : un certificat « jeux d’argent » musclé
L’autre disposition qui fera parler est le renforcement du module « jeux d’argent et de hasard » du Certificat de l’Influence Commerciale Responsable de l’ARPP, auquel l’ANJ va désormais contribuer. Ce certificat, que passent les créateurs de contenu travaillant avec des marques, comporte des modules sectoriels ; celui consacré aux jeux d’argent va être étoffé avec l’expertise du régulateur lui-même.
Pour un influenceur sollicité par un opérateur, la marche à suivre se précise : identifier la nature exacte du produit (jeu d’argent sous agrément ou JONUM déclaré), vérifier l’identité de l’entreprise qui l’exploite et le statut de son offre, avant même de réfléchir au format de la publication. Les promotions de sites non autorisés en France restent, elles, purement et simplement illégales.
Ce que cela signifie pour les joueurs
Côté joueurs, ce renouvellement ne change rien aux règles du jeu lui-même, mais il devrait se sentir dans les fils d’actualité. Un filtrage plus serré des campagnes avant diffusion et des influenceurs mieux formés, c’est en principe moins de publicités borderline — promesses de gains irréalistes, ciblage de publics fragiles, confusion entre jeu vidéo et jeu d’argent — et une frontière plus lisible entre l’offre légale et le reste.
C’est d’ailleurs la logique de fond du régulateur français depuis plusieurs années : plutôt que d’interdire la publicité pour les jeux d’argent, l’encadrer en amont, avec des acteurs professionnels responsabilisés. Le duo ANJ-ARPP est la cheville ouvrière de cette approche préventive.
Un signal à ne pas sous-estimer pour le marché
Pour les opérateurs légaux, cette reconduction est plutôt une bonne nouvelle : elle pérennise un guichet clair — l’ARPP en première ligne, l’ANJ en appui — et réduit le risque de voir une campagne retoquée après coup. Pour l’univers plus récent des JONUM, c’est l’entrée définitive dans le radar publicitaire du régulateur, avec les obligations qui vont avec.
Reste à voir comment le certificat renforcé des influenceurs sera déployé et contrôlé dans les mois qui viennent. Une chose est sûre : la zone grise dans laquelle prospéraient certaines promotions de jeux sur les réseaux sociaux se rétrécit encore un peu.
Rappel : les jeux d’argent sont interdits aux mineurs et comportent des risques de dépendance. Jouer comporte des risques : endettement, isolement. Appelez le 09 74 75 13 13 (appel non surtaxé).
